Les preuves historiques de la résurrection de Jésus

Les preuves historiques de la résurrection de Jésus

William Lane Craig

Examines the historical grounds for belief in Jesus’ resurrection, focusing on the empty tomb, his post-mortem appearances, and the origin of the disciples’ belief in his resurrection.

« L'homme,»  écrivit Loren Eisley, «est l'orphelin cosmique.» Il est la seule créature de l'univers qui a la capacité de se demander Pourquoi ? Les autres animaux sont guidés par l'instinct, mais l'homme a appris à se poser des questions.  Qui suis-je ? se demande-t-il. Pourquoi suis-je ici ? Où est-ce que je m'en vais ?

Depuis le Siècle des Lumières, époque où l'homme moderne a brisé les chaînes de la religion, l'être humain tente de répondre à ces questions sans tenir compte de Dieu. Cependant, les réponses qu'il a trouvées n'étaient pas exaltantes, mais plutôt sombres et troublantes. « Vous n'êtes que le sous-produit accidentel de la nature, le résultat de la matière, du temps, et du hasard. Il n'y a aucune raison pour votre existence, et votre issue finale est la mort. Votre vie n'est qu'une étincelle dans la noirceur infinie, une petite flamme qui apparaît, qui vacille et qui s'éteint pour toujours. »

L'homme moderne croyait qu'en se débarrassant de Dieu, il se libérerait de tout ce qui l'étouffait et le contraignait. Il a plutôt découvert qu'en tuant Dieu, il s'est  rendu orphelin.

Dans ce contexte difficile de la modernité, l'espérance chrétienne traditionnelle de la résurrection prend encore plus tout son éclat et sa signification. Grâce à elle, l'homme sait qu'il n'est pas orphelin après tout, mais qu'il est l'image personnelle du Dieu créateur de l'univers; sa vie n'est pas vouée à la mort, car par la résurrection, il peut vivre dans la présence de Dieu pour toujours.

Quelle espérance merveilleuse ! Cependant, une espérance qui n'est pas basée sur des faits n'est rien de plus qu'une simple illusion. Pourquoi l'espérance chrétienne de la résurrection devrait-elle constituer pour l'homme moderne plus qu'une simple utopie ? La réponse se trouve dans la conviction chrétienne qu'un homme a été ressuscité d'entre les morts par Dieu comme précurseur et modèle de notre propre résurrection. Cet homme était, bien sûr, Jésus de Nazareth, et sa résurrection historique d'entre les morts constitue le fondement factuel de l'espérance chrétienne. 

Bien entendu, les philosophes qui ont vécu après le Siècle des Lumières ne faisaient que peu de cas de la résurrection de Jésus au sens propre. Selon eux, les miracles sont impossibles, donc une résurrection historique était tout simplement hors de question, peu importe les preuves que l'on aurait pu leur présenter. Les récits de la résurrection dans le Nouveau Testament ont été qualifiés de fiction pieuse, le fruit de mythologie et de légende. Cette croyance en la résurrection de Jésus était un reliquat  de l'Antiquité, et il était grand temps que l'homme moderne s'en débarrasse.

Toutefois, un changement remarquable s'est produit pendant la seconde moitié du vingtième siècle. En 1968, l'ancien scepticisme avait perdu de son influence et il commençait à disparaître de façon considérable. En fait, le volte-face qui a eu lieu à cette époque concernant l’historicité des événements importants mentionnés dans les récits de la résurrection du Nouveau Testament  a été si complet que l'on n’exagère pas lorsqu'on parle d'un renversement radical de l'érudition à ce sujet, et ce à un tel point que ceux qui nient l'historicité de ces événements semblent maintenant être sur la défensive. Peut-être l’une des indications les plus surprenantes de cette nouvelle perspective est la déclaration de l'un des théologiens juifs les plus importants au monde, Pinchas Lapide, qui enseignait à l’Université Hébraïque de Tel-Aviv : il affirme être convaincu sur base des preuves historiques  que Jésus de Nazareth était ressuscité des morts. M. Lapide ridiculise les critiques du Nouveau Testament en raison de leur scepticisme injustifié, et conclut, à la lumière des preuves, que le Dieu d'Israël a ressuscité Jésus d'entre les morts.   

Quels sont les faits qui sous-tendent ce changement radical à propos de la crédibilité des récits de la résurrection de Jésus dans le Nouveau Testament ? Il me semble que l'on peut les regrouper en trois points : les apparitions de Jésus après sa mort, le tombeau vide, et l'origine de la foi chrétienne. Examinons chacun de ces points brièvement.

Premièrement, les apparitions de Jésus après sa mort. Sans aucun doute, la raison principale pour laquelle on a réexaminé ces apparitions est la démonstration de Joachim Jeremias, le très célèbre érudit allemand du Nouveau Testament, selon laquelle l'apôtre Paul cite dans I Corinthiens 15.3-5 une vieille tradition chrétienne, ou formule, qu'il a reçue et qu'il a transmise par la suite à ses convertis. Paul ecrit :

Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu,
    que Christ est mort pour nos péchés selon les Écritures; 
    et qu'il a été enseveli;
    et qu'il est ressuscité le troisième jour selon les Écritures;
    et qu'il est apparu à Céphas, puis aux douze.
    Ensuite il est apparu à plus que cinq cents frères à la foi, dont la plupart sont encore vivants, et dont quelques-uns sont morts.  Ensuite il  est apparu à Jacques, puis à tous les apôtres. [1 Cor 15.3-5]

Dans sa lettre aux églises de la Galatie, Paul raconte qu'il était à Jérusalem en mission de recherche trois ans après sa conversion sur le chemin de Damas. À cette occasion, il a pu s'entretenir pendant près de deux semaines avec Pierre et Jacques, et il a probablement reçu cette tradition à ce moment, si ce n'est avant. Étant donné que Jésus a été crucifié en l'an 30 apr. J.-C., et que Paul s'est converti en l'an 33 apr. J.-C., on peut en conclure que la liste des témoins remonte à moins de cinq ans après la mort de Jésus.

Il est donc inutile de qualifier ces apparitions de légendes.  On peut croire qu'il s’agissait d'hallucinations si l'on veut, mais on ne peut pas nier le fait qu'elles se soient produites. Les renseignements fournis par Paul nous assurent que divers groupes et personnes ont vu Jésus vivant après sa mort. Même Gerd Lüdemann, sceptique allemand et critique du Nouveau Testament, a dit : « Historiquement, on peut être certain que qu'après la mort de Jésus, Pierre et les disciples ont vécu des expériences où Jésus s'est manifesté à eux comme le Christ ressuscité. » Cette conclusion est presque incontestable. 

Malgré le fait que les érudits bibliques soient venus à une nouvelle appréciation de la crédibilité des informations que l'on retrouve dans les épîtres de Paul, il faut admettre que le scepticisme concernant la tradition des apparitions dans les Evangiles persiste. Ce scepticisme persistant me semble tout à fait injustifié. Il est fondé sur un préjugé contre la réalité physique  des apparitions relatées dans les Évangiles. 

Cependant, il est possible que les traditions qui sous-tendent ces récits des apparitions dans les évangiles soient aussi fiables que les traditions de Paul. Il est intéressant de noter que des sources anciennes, multiples et indépendantes, témoignent de l'aspect physique de ces apparitions, un facteur qui compte parmi les principaux critères employés par les historiens pour établir l'historicité d'un événement. En fait, les sources sont unanimes sur le fait que Jésus s'est manifesté corporellement. Il serait difficile d'expliquer cette unanimité de sources multiples et indépendantes si les premières apparitions n'avaient été que des visions ou des hallucinations. Que ces traditions aient pu être si altérées en si peu de temps serait presque sans précédent. Par conséquent, je trouve injustifié le scepticisme des critiques actuelles quant aux traditions des apparitions dans les Évangiles. La nouvelle appréciation de la valeur historique des renseignements fournis par Paul doit également être accompagnée d'un réexamen des traditions dans les Évangiles.

Deuxième point, le tombeau vide. Autrefois considéré comme un outrage à l'intelligence moderne et une source d'embarras pour la théologie chrétienne, le tombeau vide de Jésus est aujourd'hui classé parmi les faits généralement reconnus concernant le Jésus historique. Permettez-moi de faire un retour avec vous sur quelques preuves qui soutiennent cette conclusion.

(1) La fiabilité historique du récit de l'ensevelissement appuie le fait du tombeau vide. Si le récit de l'ensevelissement est exact, l'emplacement du tombeau de Jésus était connu des chrétiens et des juifs. Dans ce cas, on peut déduire facilement l’historicité du tombeau vide. Car si Jésus n'était pas réellement ressuscité et si l'on connaissait le site de son ensevelissement :

(a) Les disciples n'auraient jamais pu croire à la résurrection de Jésus. Pour un juif du premier siècle, l'idée qu'un homme puisse ressusciter d'entre les morts alors que son corps  gît dans un tombeau était une contradiction en soi. Comme l’a dit le critique du Nouveau Testament Earl Ellis : « Il est peu probable que les premiers chrétiens palestiniens aient pu faire une distinction entre une résurrection et une résurrection physique ''qui vide le tombeau''. Pour eux, une anastasis sans un tombeau vide aurait été aussi insensée qu'un cercle carré. »

(b) Même si les disciples avaient cru à la résurrection de Jésus, il est peu probable qu'ils aient pu convertir de nouveaux croyants. Tant que le corps aurait été enseveli dans le tombeau, un mouvement chrétien à Jérusalem fondé sur la croyance à la résurrection d'un homme mort aurait été une folie impossible.

(c) Les autorités juives auraient dévoilé toute la supercherie. La solution la plus efficace et la plus sûre à la proclamation de la résurrection de Jésus aurait été de simplement montrer du doigt son tombeau à flanc de montagne et même, si nécessaire, d'exhumer le corps pour que tout le monde puisse voir qu'il n'était pas ressuscité.

Pour ces trois raisons, l'exactitude du récit de l'ensevelissement appuie l'historicité du tombeau vide. Malheureusement pour ceux qui préfèrent nier l'existence du tombeau vide, le récit de l'ensevelissement compte parmi les traditions historiques les plus sûres que nous avons à propos de Jésus. Mais dans ce cas, comme je viens de l’expliquer, on arrive facilement à la conclusion que le tombeau était vide. Selon John Robinson de l’Université de Cambridge, l'ensevelissement de Jésus dans le tombeau est « l'un des faits les plus anciens et les mieux attestés que nous avons au sujet de Jésus ».

(2) Le témoignage de Paul appuie le fait historique du tombeau vide. On peut mentionner deux aspects de la preuve apportée par Paul :

(a) Dans la tradition citée par Paul, l'expression « il est ressuscité » qui suit « il a été enseveli » sous-entend que le tombeau était vide. Un juif du premier siècle n'aurait pas pu penser autrement. Dans ses excellentes recherches sur le tombeau, E. L. Bode observe que cette idée d'une résurrection spirituelle alors que le corps repose encore dans le tombeau est propre à la théologie moderne. Pour les juifs, ce sont les restes humains dans le tombeau, en particulier les ossements, qui  étaient l’objet de la résurrection, d'où les pratiques funéraires juives voulant que l'on conserve soigneusement les ossements des morts dans des ossuaires pour la résurrection des morts à la fin des temps. On ne peut plus douter que Paul, ainsi que la tradition chrétienne qu'il cite, présupposent l'existence du tombeau vide.

(b) L'expression « le troisième jour » se réfère probablement à la découverte du tombeau vide. En bref, puisque personne n'a été témoin oculaire de la résurrection de Jésus, comment les premiers chrétiens ont ils pu s'arrêter sur la date du « troisième jour » ? La réponse la plus probable est que cette date correspond à la découverte du tombeau vide par les femmes disciples de Jésus. Par conséquent, on a désigné ce jour comme étant  celui de la résurrection elle-même. Nous avons donc dans cette vieille formule chrétienne citée par Paul des preuves extrêmement anciennes qui appuient l'existence du tombeau vide de Jésus.  

(3) Le récit du tombeau vide fait partie d'un récit de la passion qui est antérieur à l’Evangile de Marc et il est donc très ancien. Le récit du tombeau vide représentait probablement la fin de la source qu'a consulté Marc pour écrire les événements de la Passion. Puisque l’Évangile de Marc est le plus ancien de nos Évangiles, cette source doit elle-même être encore plus ancienne. En fait, le commentateur Rudolph Pesch prétend qu’il s’agit d’une source incroyablement ancienne. Il a cité deux preuves qui soutiennent cette conclusion :

(a) Le récit de Marc du dernier repas est encore plus primitif que celui de Paul dans 1 Corinthiens 11. Puisque les traditions de Paul sont elles-mêmes très anciennes, la source de Marc doit être encore plus ancienne.

(b) Le récit de la Passion dans la source antérieure à l'Évangile Marc ne réfère jamais au souverain sacrificateur par son nom. C’est comme si je disais : « Le Président donne un dîner à la Maison-Blanche ». Tout le monde sait de qui je parle, à savoir l’homme qui est actuellement au pouvoir. De même, le récit de la Passion dans la source antérieure à l'Évangile de Marc ne désigne jamais Caïphe par son nom, mais il fait référence au « souverain sacrificateur » comme s’il était encore au pouvoir. Puisque Caïphe était au pouvoir de 18 à 37 ap. J-C, la source antérieure à l'Évangile de Marc doit dater de moins de sept ans après la mort de Jésus. Cette source remonte donc aux premières années de l’église de Jérusalem et elle est dès lors une source ancienne et précieuse de renseignements historiques.

(4) Le récit de Marc est simple et ne comporte pas de développement légendaire. Le récit du tombeau vide n’est pas teinté par les thèmes théologiques et apologétiques qui seraient caractéristiques d’un récit légendaire tardif. Voici ce que dit le récit de Marc :

Quand le sabbat fut passé, Marie de Magdala, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des huiles aromatiques pour aller embaumer le corps de Jésus. Il était encore très tôt, le dimanche matin, lorsqu’elles arrivèrent au tombeau. Le soleil se levait. En chemin, elles s’étaient demandé les unes aux autres : Qui nous roulera la pierre qui ferme l'entrée du tombeau? Or, en levant les yeux, elles s’aperçurent que la pierre avait été roulée sur le côté, et c’était un bloc énorme. Elles pénétrèrent dans le caveau et virent, assis du côté droit, un jeune homme vêtu d'une robe blanche. Elles furent saisies de frayeur. Mais le jeune homme leur dit: N’ayez pas peur! Vous cherchez Jésus de Nazareth, celui qui a été crucifié? Il est ressuscité, il n'est plus ici. Voyez l’endroit où on l'avait déposé. Et maintenant, allez annoncer à ses disciples, et aussi à Pierre, qu'il vous précède en Galilée; c'est là que vous le verrez, comme il vous l'a dit. Elles se précipitèrent hors du tombeau et s’enfuirent, toutes tremblantes et bouleversées. Elles ne dirent rien à personne, tant elles étaient effrayées. [Marc 16.1-8]

La façon la plus convaincante d’apprécier la simplicité de ce récit est peut-être de le comparer aux récits du tombeau vide que l'on trouve dans les évangiles apocryphes du deuxième siècle après J.-C.. Par exemple, dans le soi-disant Évangile selon Pierre, une voix retentit du ciel pendant la nuit, la pierre se déplace  d’elle-même, et deux hommes descendent du ciel pour entrer dans le tombeau. Ensuite on voit trois hommes sortir du tombeau, les deux premiers soutenant le troisième. Les têtes des deux premiers atteignent  les nuages, mais celle du troisième dépasse les nuages. Puis une croix sort du tombeau et une voix demande : « As-tu annoncé la nouvelle à ceux qui dorment? » Et la croix répond : « Oui.» Voilà une véritable légende! Les légendes sont colorées par des thèmes théologiques. Le récit de Marc par contre est austère dans sa simplicité.

(5) Ce sont probablement des femmes qui ont découvert le tombeau vide. Pour comprendre ce point, il faut se rappeler deux faits concernant le rôle des femmes dans le société juive :

(a) La femme était au bas de l'échelle sociale juive. On peut observer ce fait dans certaines expressions rabbiniques telles que : « Mieux vaut brûler les paroles de la loi que de les remettre à une femme » et « Heureux l'homme qui a des fils, mais malheureux celui qui a des filles. »

(b) Le témoignage des femmes avait si peut de valeur que, selon l'historien juif Josèphe, elles n'avaient même pas le droit de témoigner dans une cour de justice. À la lumière de ces faits, cela doit sembler incroyable que ce soit des femmes qui aient découvert le tombeau vide de Jésus. Une légende écrite plus tard aurait certainement raconté que des hommes comme Pierre et Jean avaient découvert le tombeau vide. Le fait que ce soit non des hommes mais plutôt des femmes, dont le témoignage n'avait aucune valeur, qui soient les principaux témoins du tombeau vide s'explique le mieux par le fait que, qu'on le veuille ou non, ce soient elles qui aient découvert le tombeau vide. Et les auteurs des Évangiles rapportent avec exactitude ce qui était, pour eux, un fait plutôt gênant et embarrassant.

(6) La toute première polémique juive présuppose que le tombeau était vide. Au vingt-huitième chapitre de l'Évangile de Matthieu, nous observons une tentative des chrétiens de réfuter la toute première polémique juive contre la résurrection. Que disaient les juifs en réponse à la proclamation des disciples « il est ressuscité des morts ! » ? Que son corps reposait toujours dans le tombeau à flanc de montagne ? Que les disciples étaient fous ? Non, ils disaient : « Les disciples sont venus voler son corps. » Pensez-y une minute. « Les disciples sont venus voler son corps. » La toute première réponse juive à la proclamation de la résurrection était elle-même une tentative d'expliquer la disparition du corps. Donc, même les affirmations des adversaires des premiers chrétiens appuient l'historicité du tombeau vide.

On pourrait continuer, mais peut-être avons-nous déjà assez de raisons pour expliquer le changement d'avis chez les érudits à propos de l'historicité du tombeau vide. Jakob Kremer a dit : « La plupart des exégètes croient fermement à la fiabilité des déclarations bibliques concernant le tombeau vide. » Il est donc aujourd’hui largement reconnu que le tombeau vide de Jésus est un fait historique.  Selon D. van Daalen: « Il est extrêmement difficile de soulever une objection contre le tombeau vide pour des raisons historiques; ceux qui le nient le font en fonction de suppositions théologiques ou philosophiques. » Il se peut, cependant, que l'on doive changer certaines de ces suppositions à la lumière des faits historiques.

Enfin, passons au troisième élément de preuve qui appuie la résurrection : l'origine de la foi chrétienne. Même les érudits les plus sceptiques admettent que les premiers disciples croyaient sincèrement que Jésus avait été ressuscité des morts. En fait, les disciples avaient mis presque tous leurs espoirs dans cette conviction. Le christianisme n'aurait jamais pu exister sans la croyance en la résurrection de Jésus.  La crucifixion serait restée la tragédie finale de la vie malheureuse de Jésus. L'origine du christianisme dépend entièrement de la croyance de ces premiers disciples que Jésus était ressuscité d'entre les morts.

La question inévitable se pose : Comment expliquer l'origine de cette croyance ? Imaginez un peu la situation devant laquelle les disciples se trouvaient après la crucifixion de Jésus :

1. Leur chef était mort, et les attentes messianiques des juifs ne comprenaient aucune notion d'un Messie qui, au lieu de triompher des ennemis d'Israël, subirait une mort honteuse comme criminel aux mains de ses ennemis.

2. Selon le loi de l'Ancien Testament, l'exécution de Jésus démontrait qu'il était un hérétique, un homme littéralement maudit de Dieu.

3. Les croyances juives en ce qui concerne la vie après la mort excluaient la résurrection d'une personne à la gloire et à l'immortalité avant la résurrection de tous les morts à la fin des temps.

Néanmoins, les premiers disciples se sont soudainement mis à croire si fort que Dieu avait ressuscité Jésus qu'ils étaient prêts à mourir pour la véracité de cette croyance. Reginald Fuller insiste que même les critiques les plus sceptiques doivent admettre qu'il a fallu un facteur X quelconque pour déclencher ce mouvement. Mais, quel a été ce mystérieux facteur X ?

Si l'on refuse d'admettre que ce facteur X est en réalité la résurrection de Jésus, on doit alors expliquer la croyance des disciples en cette résurrection par des influences juives ou chrétiennes. Mais il est évident qu'elle ne peut pas être le résultat d'une influence chrétienne, car à cette époque le christianisme n'existait pas encore ! Puisque cette croyance en la résurrection de Jésus est le fondement de l'origine de la foi chrétienne, il est impossible qu'elle résulte de cette foi.

On ne peut pas dire non plus que cette croyance en la résurrection était due aux influences juives. Pour comprendre ceci, il faut revenir un peu en arrière. Dans l’Ancien Testament, on mentionne à trois reprises la croyance juive en la résurrection des morts au jour du Jugement (Ézéchiel 37; Ésaïe 26.19; Daniel 12.2). Pendant la période qui sépare l’Ancien Testament du Nouveau Testament, la croyance à la résurrection s’est épanouie et on en fait souvent mention dans la littérature juive de l'époque. Du temps de Jésus, le groupe religieux juif des Pharisiens maintenait la croyance en la résurrection; et Jésus a montré son accord à ce sujet, s’opposant ainsi à l’autre groupe important, les Sadducéens. La notion de la résurrection n’était donc pas nouvelle en soi.  

Cependant, la résurrection de Jésus se distinguait de la conception juive de la résurrection à deux égards importants et fondamentaux. Dans la mentalité juive, la résurrection (1) avait toujours lieu après la fin des temps, non pendant l’histoire, et (2) elle s’appliquait toujours à tous les êtres humains, non pas une personne individuelle. La résurrection de Jésus, au contraire, a eu lieu pendant l’histoire et pour une seule personne.

Joachim Jeremias a écrit :

« Le judaïsme antique n’a jamais connu une résurrection anticipée comme un événement de l’histoire. On ne trouve rien dans la littérature qui se compare à la résurrection de Jésus. On connaissait, bien sûr, des résurrections de morts, mais il était toujours question de réanimations, d’un retour à la vie terrestre. Une résurrection à la doxa (gloire) n’est jamais mentionnée dans la littérature judaïque ancienne comme un événement de l’histoire. »

Par conséquent, les disciples, confrontés à la crucifixion et à la mort de Jésus, n’auraient pas pu faire autrement que d’attendre la résurrection au dernier jour, jour où eux-mêmes et tous les justes morts d’Israël seraient réunis avec lui dans le Royaume de Dieu. Ils auraient probablement veillé soigneusement sur le tombeau de leur maître, le gardant comme un lieu saint où ses ossements pourraient rester jusqu’à la résurrection. Ils n’auraient pas cru à cette idée non juive et farfelue qu’il était déjà ressuscité.

La croyance des disciples à la résurrection de Jésus ne peut donc s’expliquer par des influences juives ou chrétiennes. Laissés à eux-mêmes, les disciples n’auraient jamais inventé une telle histoire. Et souvenez-vous : ils étaient des pêcheurs et des collecteurs d’impôts, non des théologiens. Nous n’avons toujours pas identifié le mystérieux facteur X.  Thomas Wright, l’éminent érudit britannique, conclut ainsi : « C’est pour cette raison que, en tant qu’historien, je ne peux pas expliquer l’essor du christianisme primitif à moins que Jésus ne soit ressuscité, laissant derrière lui un tombeau vide. »

Ensemble, ces trois grands faits historiques – les apparitions de Jésus après sa mort, le tombeau vide, et l’origine de la foi chrétienne – semblent faire de la résurrection de Jésus l’explication la plus plausible.

Bien sûr, d’autres raisonnements ont été avancés pour expliquer les apparitions de Jésus après sa mort, le tombeau vide, et l’origine de la foi chrétienne. Cependant, selon les érudits modernes, elles n’ont pas réussi à fournir  une explication plausible des faits. On peut le constater en examinant rapidement les principales explications qui ont été apportées.

Première explication :  Les disciples ont volé le corps de Jésus et ont menti au sujet des apparitions de Jésus. Cette explication a caractérisé la première polémique antichrétienne des juifs et elle a été relancée sous forme de la théorie de complot du déisme au XVIIIe siècle. Cette théorie est rejetée universellement par les érudits critiques et subsiste aujourd’hui uniquement dans la presse populaire. Regardons seulement deux considérations importantes : (i) Moralement, il est impossible d’accuser les disciples de Jésus d’un tel crime. Quels qu’aient été leurs défauts, il s’agissait certainement d’hommes et de femmes fervents et bons, non d’imposteurs. Toute personne ayant lu le Nouveau Testament de façon impartiale ne peut douter de la sincérité évidente de ces premiers croyants. (ii) Il est anachronique d’attribuer aux disciples l'intention de monter un canular quant à la résurrection de Jésus. Dans la théorie du complot, on considère  la situation des disciples du point de vue de l’histoire chrétienne. Cependant pour un juif du premier siècle, la crucifixion représentait la fin des prétentions de Jésus en tant que Messie juif. Le Messie devait vaincre les ennemis d’Israël et rétablir le trône de David à Jérusalem, non pas être exécuté par ses ennemis d’une manière humiliante, comme un criminel. On trouvait des mouvements messianiques à la pelle dans le judaïsme, et les Romains éliminaient ces soi-disant sauveurs de la même façon. Si votre Messie favori se faisait crucifier, deux choix s'offraient à vous : soit vous rentriez chez vous, soit vous vous trouviez un nouveau Messie. Il semble donc qu’expliquer le tombeau vide et les apparitions de Jésus après sa mort par la théorie du complot soit hors de question.

Deuxième explication:  Jésus n’est pas mort sur la croix; il a été placé vivant dans le tombeau, où il a repris conscience et s’est échappé pour convaincre les disciples qu’il était ressuscité des morts. Les rationalistes allemands de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle ont pris fait et cause pour cette théorie de la mort apparente. Cependant, aujourd’hui, on a totalement renoncé à cette théorie pour deux raisons : (i) Du point de vue médical, il est quasiment impossible que Jésus ait survécu aux rigueurs de sa torture et de sa crucifixion, encore moins qu'il ne soit pas mort de froid dans le tombeau. (ii) Cette théorie est inadéquate comme explication,  car un Jésus à moitié mort ayant désespérément besoin de soins médicaux n’aurait pas suscité l’adoration de ses disciples comme le Seigneur ressuscité et le vainqueur de la mort. Ces  raisons, à elles seules, font que cette théorie de la mort apparente soit indéfendable.

Troisième explication:  Les disciples ont eu des hallucinations de Jésus après sa mort, et ils ont déduit à tort qu'il était ressuscité. La théorie des hallucinations est devenue populaire au cours du XIXe siècle et elle a continué de l’être pendant la première moitié du XXe siècle. Encore une fois, il y a de bonnes raisons de rejeter cette hypothèse : (i) Il est peu plausible, sur le plan psychologique, qu'une telle suite d'hallucinations puisse se produire. Les hallucinations sont généralement causées par des maladies mentales ou des drogues. Dans le cas des disciples, par contre, il ne semble pas avoir de prédispositions psycho-biologiques .De plus, la fréquence et la variété des circonstances démentent la théorie des hallucinations. En effet, Jésus est apparu, non pas une seule fois, mais à plusieurs reprises; pas à une seule personne, mais à plusieurs personnes; pas seulement à des individus, mais aussi à des groupes; pas à un seul endroit ou dans une seule circonstance, mais dans plusieurs; pas uniquement à des croyants, mais aussi à des sceptiques et des non-croyants. Cette théorie des hallucinations ne peut pas être adaptée de façon plausible à une telle diversité. (ii) De toute façon, des hallucinations n’auraient pas pu mener les disciples à croire en la résurrection de Jésus. Parce que les hallucinations sont des projections de ce qui se trouve dans nos pensées, elles ne peuvent pas contenir des éléments qui ne sont pas déjà dans nos pensées. Pourtant,  nous avons déjà vu que la résurrection de Jésus différait de la mentalité juive sur deux points fondamentaux. Vu leur mentalité juive, les disciples, s’ils avaient eu des hallucinations, auraient eu des visions de Jésus glorifié dans le sein d’Abraham, où les justes décédés d’Israël demeurent jusqu’à la résurrection à la fin des temps. Donc, les hallucinations auraient, tout au plus, amené les disciples à croire à l’ascension de Jésus au ciel ou à son exaltation, mais certainement pas à sa résurrection, une idée qui allait carrément contre la mentalité juive. (iii) Les hallucinations n'expliquent pas non plus toutes les preuves. Elles expliquent peut-être les apparitions de Jésus après sa mort, mais pas le tombeau vide; elles n'offrent donc pas une réponse complète et satisfaisante. Il semble alors que l'hypothèse des hallucinations ne suffit pas comme contre explication plausible des faits entourant la résurrection de Jésus-Christ.

Donc aucune des contre explications mentionnées ne peut expliquer les preuves de façon aussi plausible que la résurrection elle-même. On pourrait se demander : alors comment les érudits sceptiques expliquent-ils les apparitions de Jésus, le tombeau vide, et l’origine de la foi chrétienne? La réalité, c'est qu’ils n'ont pas de réponse. Les érudits modernes ne reconnaissent aucune alternative plausible à la résurrection de Jésus. Ceux qui refusent d’accepter la résurrection comme un fait historique avouent qu’ils n'ont simplement aucune explication.

Ces trois grands faits – les apparitions de Jésus après sa mort, le tombeau vide, et l’origine de la foi chrétienne – conduisent inévitablement à une seule et même conclusion : la résurrection de Jésus a bel et bien eu lieu ! Aujourd’hui, on peut difficilement reprocher à un homme rationnel de croire qu’un miracle s’est produit le premier matin de Pâques.

L’orphelin cosmique peut maintenant rentrer chez lui.