L’absurdité de la vie sans Dieu

Summary

Why on atheism life has no ultimate meaning, value, or purpose, and why this view is unlivable.

L’homme, écrit Loren Eisley, est l’Orphelin de l'Univers.  Il est le être vivant à se demander :« Pourquoi? »   Les autres animaux ont un instinct pour les guider, mais l’homme a appris à se poser des questions.

«Qui suis-je?» se demande-t-il.  « Pourquoi suis-je ici?  Où est-ce que je vais?»  Depuis le siècle des Lumières, lorsque l'homme s’est débarrassé des entraves de la religion, l'homme a essayé de répondre à ces questions sans tenir compte de Dieu.  Mais les réponses obtenues n'eurent rien de réjouissant;  au contraire elles furent sombres et terribles :  « Vous êtes le fruit accidentel de la nature, le résultat de la matière, de temps, et du hazard.  Il n’y a pas de raison pour votre existence. Vous n’êtes destinés qu’à la mort. »

L’homme moderne pensait qu’en se débarrassant  de Dieu, il serait libéré de tout ce qui le réprimait ou le contraignait.  Au contraire, il a découvert qu’en tuant Dieu, il s'était également tué.  Car s’il n’y a pas de Dieu, alors la vie de l’homme devient absurde.

Si Dieu n’existe pas, alors l’homme et l’univers sont tous deux inévitablement condamnés à mort.  L’homme, comme tout autre organisme vivant, doit mourir.          Et l’univers, lui aussi, fait face à la mort.  Les scientifiques nous disent que l’univers est en expansion et que tout en lui s’étend de plus en plus loin. Ce faisant, il devient de plus en plus froid, et perd de son énergie. Tôt ou tard, toutes les étoiles s’éteindront et toute la matière prendra la forme d’étoiles mortes ou de trous noirs. Il n’y aura plus de lumière; il n’y aura plus de chaleur; il n’y aura plus de vie; seulement les cadavres d’étoiles mortes toujours en expansion dans la noirceur sans fin et les froids replis de l’espace -- un univers en ruines.   

S’il n’y a pas de Dieu, alors l’homme et l’univers sont condamnés à mort.  Pour l'homme moderne il n’y a pas de Dieu et l’immortalité n’existe pas.  Et quelle en est la conséquence? Cela signifie que la vie en elle-même devient absurde. Cela signifie que notre vie n'a ni sens, ni valeur, ni but absolu. Regardons ensemble chacun de ces points.

Tout d'abord, la vie n'a aucun sens ultime.  Si tout individu cesse d’exister à sa mort, alors quel sens peut-il donner à sa vie?  Est-ce que c’est vraiment important qu’il ait jamais existé ou non? On pourrait peut-être dire que sa vie était importante à cause de son influence sur d’autres ou sur le cours de l’histoire.  Mais ceci ne donne qu’un sens relatif à sa vie, et non un sens ultime.  Sa vie pourrait être importante par rapport à certains autres événements, mais quel est le sens absolu de ces autres événements?  Si tout événement est futile, alors quel peut être l'importance de les influencer?  En fin de compte, cela ne fait aucune différence.

Les contributions du scientifique à l’avancement de la connaissance humaine, les recherches du docteur pour soulager la souffrance, les efforts du diplomate pour assurer la paix dans le monde, les sacrifices des hommes de  bonnes volonté partout dans le monde pour améliorer le sort de la race humaine – tout cela n’aboutit à rien.  L’humanité n’a pas plus de sens qu’une nuée de moustiques ou qu’un troupeau de porcs, car leur fin est toute la même.  Le même processus cosmique aveugle qui les a crachés au début va éventuellement les avaler à nouveau.  C’est l’horreur de l’homme moderne: parce que sa fin est le néant, l'homme lui-même est néant.

Les existentialistes français Jean-Paul Sartre et Albert Camus ont bien compris ceci.  Dans sa pièce intitulée Huis Clos, Sartre a décrit la vie comme étant l’enfer.   La dernière ligne de la pièce sont des paroles de résignation : « Eh bien, continuons. » Ailleurs, Sartre a parlé de la « nausée » de l’existence.  L'homme, dit-il, est à la dérive dans un bateau sans gouvernail sur une mer infinie.  Camus voyait également la vie comme absurde.  À la fin de son court roman L’Étranger, son héros découvre dans un éclair de lucidité que l’univers n’a pas de sens, et qu’il n’y a pas de Dieu pour lui en donner un.

Ainsi, si Dieu n’existe pas, alors la vie devient dénuée de sens.  L’homme et l’univers n’ont aucune raison d’être absolue.

Deuxiement, la vie n'a pas de valeur absolue.  Si la vie se termine à la tombe, alors qu’importe que nous vivions comme Staline ou comme un saint? Puisque notre destinée n’est pas, en fin de compte, relié à notre comportement, pourquoi ne pas vivre comme cela nous plaît?  Comme l'écrivain russe Fyodor Dostoyevsky le dit : « S’il n’y a pas d’immortalité, alors tout est permis.»  Si cela est vrai,  un écrivain comme Ayn Rand a tout à fait raison de louer les vertus de l’égoïsme.  Vivez chacun pour soi!  Vous n’êtes redevable envers personne!  En effet, ce serait de la folie d’agir autrement, car la vie est trop courte pour la compromettre en prenant des risques pour quelqu'un d'autre.  Se sacrifier pour une autre personne serait stupide. 

Mais le problème s’empire. Car, sans regarder à l'immortalité,  si Dieu n’existe pas, il ne peut y avoir de norme absolue du bien et du mal.  Pour  reprendre les termes de Sartre, il n’y a devant nous que le simple fait de l'existence, dénuée de valeur.  Les valeurs morales ne sont que l’expression de goût personnels ou les sous-produits de l’évolution socio-biologique.  Dans un monde sans Dieu, qui peut prétendre dire ce qui est bon et ce qui est mauvais?  Qui peut juger que  les valeurs d’Adolf  Hitler sont inférieures à celles d’un saint?  Le concept de moralité objective perd tout sens dans un univers sans Dieu.  Tout est jugement culturel et personnel, jugement qui s’avère être relatif et subjectif. 

Cela veut dire qu’il est impossible de condamner la guerre, l’oppression, ou le crime comme étant des actes mauvais.  Et personne ne peut louer la fraternité, l’égalité, et l’amour comme étant des vertus.  Car dans un univers sans Dieu, le bien et le mal n’existent pas – il n’y a que le simple fait de l'existence, sans valeur, et il n’y a personne pour dire que vous avez raison et que moi j’ai tort.

Troisiemement, la vie n'a pas de but.  Si la mort se tient à bras ouverts en fin de parcours, alors quel est le but de la vie?  Por quel but avons-nous vecue sur cett terre?  Est-ce que cela ne sert à rien?  N’y a-t-il aucun objectif pour la race humaine? Ou va-t-elle simplement se tarir un jour, perdue dans l'oubli d’un univers indifférent?  Herbert George Wells, écrivain anglais, a envisagé une telle chose.  Dans son roman La machine à remonter le temps, le héros voyage très loin dans le futur pour découvrir la destinée de l’homme. Ce qu’il découvre, c’est une terre morte, à l’exception de quelques lichens et quelques mousses en orbite autour d’un immense soleil rouge.  Les seuls bruits qu'il entend sont le murmure du vent et le clapotement léger de la mer.  « Au-delà de ces sons sans vie, » écrit Wells, « le monde était silencieux.  Silencieux?  Il serait difficile de décrire un tel silence.  Tous les sons des hommes, les bêlements des moutons, les cris des oiseaux, le bourdonnement des insectes, toute l’agitation constante autour de notre vie – tout ceci était terminé... » 

Et ainsi, le voyageur de Wells s’en retourne. Mais vers quoi? Simplement à un autre point située un peu plus tôt dans de cette ruée insensée vers l’oubli. Lorsque, non Chrétien,  j’ai lu pour la première fois le livre de Wells, je me suis dit: « Non! Non! Ça ne peut pas se terminer ainsi! »  Mais s’il n’y a pas de Dieu, ça se terminera comme ça, qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas.  C’est la réalité d’un monde sans Dieu – il n’y a aucun espoir, aucun but.

Cela me rappelle de quelques vers obsédant de T. S. Eliot:

C'est ainsi que le monde finit
C'est ainsi que le monde finit
C'est ainsi que le monde finit
Non pas dans un boum mais dans un gémissement.

S’il n’y a pas de Dieu, alors notre vie n’est pas qualitativement différente de celle d’un chien.  Comme dit l’écrivain de l’Antiquité qui a écrit l’Ecclésiaste :

« Le sort de l'homme et le sort de la bête ne sont pas différents; l’un meurt comme l’autre, ils ont tous un même souffle, et la supériorité de l’homme sur la bête est nulle; car tout est vanité. Tout va dans un même lieu, tout provient de la poussière, et tout retourne à la poussière. »  Dans ce livre, qui se lit plus comme une oeuvre de l’existentialisme moderne que comme un livre de la Bible, l’écrivain montre la futilité du plaisir, de l’argent, de l’éducation, de la renommée politique, ou des honneurs d’une vie condamnée à se terminer à la mort.  Son verdict? « Vanité des vanités! Tout est vanité. »  Si la vie se termine à la tombe, alors nous n'avons aucun but ultime pour vivre.

Comprenez-vous la gravité des alternatives devant nous?  Si Dieu existe, alors il y a de l’espoir pour l’homme.  Mais si Dieu n’existe pas, la seule chose qui nous reste est le désespoir.  La vie n’aurait aucune importance, aucune valeur, aucun but.  C’est pourquoi la question de l’existence de Dieu est si vitale pour l’homme.  Car, comme un écrivain moderne l’a si bien exprimé : « Si Dieu est mort, alors l’homme est mort, aussi. »
Malheureusement, la majorité des gens ne se rendent pas compte de ce fait. Ils continuent à vivre comme si de rien n’était.  Cela me rappelle l’histoire de Nietzsche du fou qui arrive en trombe sur le marché, lanterne à la main, en s’écriant : « Je cherche Dieu! Je cherche Dieu! »  Puisque plusieurs personnes qui étaient sur la place ne croyaient pas en Dieu, cet homme provoque le fou rire parmi elles. « Est-ce que Dieu s’est perdu? », lui disaient-ils. « Ou peut-être se cache-t-il? Ou peut-être est-il parti en voyage ou a-t-il émigré! » Ainsi, ils criaient et riaient. Et alors, écrit Nietzsche :

Le fou bondit au milieu d’eux et les transperça du regard.  « Où est allé Dieu? » s'écria-t-il.  «Je vais vous le dire.  Nous l'avons tué,... vous et moi! C'est nous, nous tous, qui sommes ses assassins! Mais qu'est-ce que nous avons fait quand nous avons détaché la chaîne qui liait cette terre au soleil? Où va-t-elle maintenant?  Ne tombons-nous pas sans cesse? En avant, en arrière, de côté, de tous côtés? Existe-t-il encore un haut et un bas? N'allons-nous pas errant comme par un néant infini?  Dieu est mort! Et c'est nous qui l'avons tué! Comment nous consolerons-nous, nous, meurtriers entre les meurtriers! »

La foule, étonnée, regardait en silence le fou.  Finalement il jeta sa lanterne sur le sol. « J'arrive trop tôt », dit-il alors,  « mon temps n'est pas encore venu. Cet événement est encore en chemin.  Il n'est pas encore parvenu à l'oreille des hommes. »[1]

Les hommes n’avaient pas encore tout à fait compris les conséquences de ce qu’ils avaient fait en tuant Dieu.  Mais Nietzsche a prédit qu’un jour, les gens se rendraient compte des implications de leur athéisme; et cette prise de conscience les ferait entrer dans l’ère du nihilisme – la destruction de toute signification et de toute valeur dans la vie.

La plupart des gens au' jourdhui ne réfléchissent pas encore aux conséquences de l’athéisme.  Ainsi, comme la foule sur la place du marché, ils vont leur chemin de façon inconsciente.  Mais lorsqu’on se rend compte, tout comme Nietzsche, de ce qu’implique l’athéisme, alors sa question devient lourde à porter : comment nous consolerons-nous, nous, meurtriers entre les meurtriers?

Il n’y a à peu près qu’une seule solution que l’athéisme peut offrir : c’est de faire face à l’absurdité de la vie et de vivre courageusement.  Bertrand Russell, par exemple, a écrit que nous devons construire nos vies sur « la ferme fondation d'un désespoir inébranlable ». Ce n’est qu’en reconnaissant que le monde est réellement une place terrible que nous pouvons accepter la vie. Camus a dit que nous devrions honnêtement reconnaître l’absurdité de la vie et ensuite vivre en s’aimant les uns les autres.

Le problème fondamental avec cette solution, par contre, c’est qu’il est impossible de vivre logiquement avec une telle conception du monde et d'être heureux en même temps.  Si quelqu’un vit logiquement, il ne sera pas heureux; si quelqu’un vit de façon heureuse, c’est seulement parce qu’il n’est pas logique. Francis Schaeffer a bien expliqué le problème.  L’homme moderne, explique Schaeffer, réside dans un univers à deux niveaux. Le premier niveau est le monde fini sans Dieu; ici, la vie est absurde, comme nous l’avons vu. Au deuxième niveau se retrouvent la signification, la valeur et le but. En ce moment, l’homme moderne vit au premier niveau parce qu’il croit qu’il n’y a pas de Dieu. Mais il ne peut pas vivre heureux dans un monde aussi absurde; c’est pourquoi il fait des sauts par la foi jusqu’au deuxième niveau pour y trouver cette signification, cette valeur et ce but, même s’il n’en a pas le droit puisqu’il ne croit pas en Dieu.

Regardons encore, alors, chacune des trois sphères dans lesquelles nous avons vu que la vie était absurde sans Dieu, afin de démontrer que l’homme ne peut pas vivre logiquement avec cet athéisme et être heureux.

Premièrement, voyons le domaine de la signification. Nous avons vu que sans Dieu, la vie n’a pas de sens.  Pourtant, les philosophes continuent à vivre comme si la vie avait un sens. Jean-Paul Sartre, par exemple, a avancé l’argument que l’homme pouvait créer un sens à sa vie en choisissant librement de suivre une certaine voie.  Sartre a choisi le marxisme.
Mais une telle perspective est complètement incohérente.  Il est incohérent de dire que la vie est objectivement absurde, puis de dire que l’on peut créer un sens à sa vie.  Si la vie est réellement absurde, alors l’homme est captif du premier niveau.  Essayer de créer un sens à la vie représente un saut au deuxième niveau. Mais Sartre ne peut se fonder sur quoi que ce soit pour faire ce saut. Sans Dieu, il ne peut y avoir aucun sens objectif à la vie.  Le programme de Sartre est en fait un exercice d’auto-tromperie. Ce que Sartre veut dire, c’est : « Prétendons que l’univers a un sens. » Et on ne fait que s'illusionner.

L’argument est le suivant : si Dieu n’existe pas, la vie n’a objectivement aucun sens.  Mais l’homme ne peut vivre d’une manière heureuse et cohérente s’il sait que la vie n’a aucun sens.  Pour être heureux, il prétend donc que la vie a un sens.  Mais ceci est, bien sûr, tout à fait incohérent – car sans Dieu, l’homme et l’univers n’ont objectivement aucun sens.

Voyons maintenant le problème de la valeur. C’est ici que nous trouvons l’incohérence la plus frappante.  Premièrement, les humanistes athées sont totalement incohérents en soutenant des valeurs traditionnelles telles que l’amour et la fraternité. Camus a été correctement critiqué pour être le tenant de l’absurdité de la vie d’un côté, et le partisan de l’éthique de l’amour et de la fraternité de l’autre.  Les deux sont logiquement incompatibles.  Bertrand Russell, lui aussi, était incohérent. Car, bien qu’athée, il se faisait le porte-parole de l’action sociale, dénonçant la guerre et les restrictions sur la liberté sexuelle. Russell a admis qu’il ne pouvait pas vivre comme si les valeurs éthiques n’étaient qu’une question de goût personnel.  Il a appellé ainsi son propre point de vue « incroyable». Il a confessé : « Je ne connais pas la solution. »  Le fait est que s’il n’y a pas de Dieu, alors  le bien et le mal objectifs ne peuvent exister. Comme le dit Dostoyevsky : « Tout est permis.»

Mais Dostoyevsky a aussi montré que l’homme ne peut vivre de cette manière.  Dans son chef d'oeuvre, Les Frères Karamazov, Dostoyevsky raconte comment un homme assassine son père parce que son frère Ivan lui avait dit que Dieu n'existe pas et qu'il n'y a pas d'absolu.  L'homme dit qu'en fait, c'est Ivan lui-meme qui a assassainé leur père puisque c'etait Ivan qui a dit que les valeurs absolues n'existent pas. Incapable de vivre les conclusions logiques de son propre système, Ivan devient fou. 

L'homme ne peut pas vivre comme si les valeurs objectives n'existaient pas.  Il ne peut vivre comme s’il était parfaitement bien pour des soldats de massacrer des enfants innocents.  Il ne peut vivre comme s’il était bien pour les règimes dictatoriaux de suivre un programme systematique de torture des prisonniers politiques.  Il ne peut vivre comme s’il était bien pour chefs d'état comme Pol Pot ou Slobodan Milosovic d’exterminer des millions de leur peuple.  Tout en lui crie que de tels actes sont infâmes – réellement infâmes.  Mais si Dieu n’existe pas, il ne peut affirmer une telle chose.  Alors il fait un saut de foi et affirme l’existence de valeurs de toute façon.  Et lorsqu’il le fait, il révèle l’imperfection d’un monde sans Dieu.

Si Dieu n’existe pas,  il n’y a aucun bien ou mal absolus; toutes choses sont permises.  Mais aucun athée, aucun agnostique ne peut vivre en accord avec une telle perspective.  Nietzsche lui-même, qui a proclamé la nécessité de vivre au-delà du bien et du mal, s’est séparé de son mentor Richard Wagner à cause de l’antisémitisme et du strident nationalisme allemand du compositeur. De façon similaire, Sartre, écrivant dans la période d’après-guerre de la Seconde Guerre mondiale, a condamné l’antisémitisme, déclarant qu'une doctrine qui amène à l’extermination n’est pas simplement une opinion ou une question de goût personnel, de valeur équivalente à son contraire.  Dans son important essai intitulé « L’existentialisme est un humanisme », Sartre lutte en vain afin d’éluder la contradiction entre son refus de reconnaître des valeurs divinement pré-établies et son urgent désir d’affirmer la valeur des êtres humains. Comme Russell, il ne pouvait vivre avec les conséquences de son propre refus d’absolus moraux.

Enfin, regardons le problème du but de la vie.  La seule manière de vivre heureux pour la plupart de ceux qui renient qu'il y a un but de la vie consiste à : soit se créer un but – ce qui relève d'une illusion, comme nous l'avons remarqué conçernant Sartre – soit refuser de faire face aux conclusions logiques de leur point de vue.  Prenez le problème de la mort, par exemple.  Selon le psychologue Ernst Bloch, le seul moyen qu'a trouvé l'homme moderne de vivre confronté à la mort est d'emprunter inconsciemment la croyance en l'immortalité que ses ancêtres avaient, même s'il n'a personnellement aucune de raison d'y croire, puisqu'il ne croit pas en Dieu.  Bloch conlut : « Ainsi ce courage superficiel se nourrit sur une carte de crédit empruntée.  Il vit d'espérances passées et du soutien qu'elles avaient autrefois apporrté. »   Mais l'homme moderne n'a plus aucun droit à un tel soutien, puisqu'il a rejeté Dieu.  Mais afin de vivre avec un but, il faie un saut de foi pour affirmer une raison de vivre.

Et il est intéressant de voir plusieurs penseurs renier leur point de vue lorsqu'ils sont poussés à leurs conclusions logiques.  Par exemple : les féministes ont soulèvé une tornade de protestations sur la psychologie sexuelle freudienne car elle est dégradante pour la femme.  Et certains psychologues ont cèdé et ont révisé leurs théories.  Mais ceci est parfaitement incohérent.  Si la psychologie freudienne est véritable, alors peu importe qu'elle soit dégradante pour les femmes.  Vous ne pouvez changer la vérité parce que vous n'aimez pas les conclusions qu'elle induit. Mais les gens ne peuvent vivre d'une manière cohérente et heureuse dans un monde où d'autres personnes sont dévaluées.  Mais si Dieu n'existe pas, alors personne n'a de valeur. C'est seulement si Dieu existe qu'une personne peut de façon cohérente soutenir les droits des femmes. Car si Dieu n'existe pas, alors la sélection naturelle dicte que le mâle de l'espèce est celui qui domine et qui est agressif.   Les femmes n'auraient pas plus de droits qu'une chèvre ou une poule n'a de droits!  Mais qui peut vivre avec un tel point de vue? Apparemment, cela n'arrive même pas aux psychologues freudiens, qui tronquent leur théorie lorsqu'on les presse à aller jusqu'au bout de leur argumentation.  

Le dilemme de l'homme moderne est en fait vraiment terrible.  Et dans la mesure où il nie l'existence de Dieu et l'objectivité de la valeur et du but de la vie, ce dilemme demeure également irrésolu pour l'homme soi-disant « post-moderne ». En effet, c'est précisément la conscience que le modernisme mène à  l'absurdité et au désespoir qui constitue l'angoisse du post-modernisme.  À certains égards, le post-modernisme est simplement la conscience de la banqueroute de la modernité.  La vision athée du monde est insuffisante pour maintenir une vie heureuse et cohérente.  L'homme ne peut pas vivre de façon cohérente et heureuse comme si la vie était en fin de compte sans signification, sans valeur ou sans but.  Si on essaie de vivre de façon cohérente avec la vision athée du monde, on se retrouve profondément malheureux.  Si on arrive à vivre de façon heureuse, c'est seulement en allant à l'encontre de sa vision du monde.
Mais si l'athéisme échoue à cet égard, qu'en est-il du christianisme biblique? Selon la perspective chrétienne du monde, Dieu existe, et la vie de l'homme ne se termine pas à la tombe.  Par la résurrection des morts, l'homme peut goûter à la vie éternelle et à une amitié avec Dieu.  Le christianisme biblique dispose alors des deux conditions nécessaires pour que la vie de l'homme ait une signification, une valeur et un but : Dieu et l'immortalité.  Grâce à cela, nous pouvons vivre de façon logique et heureuse.  En effet, le christianisme biblique réussit précisément où l'athéisme échoue.

Or, je veux être bien clair : ceci ne démontre en aucune façon  que le christianisme biblique est vrai.  Mais ceci montre bien clairement les alternatives devant nous.  Si Dieu n'existe pas, alors la vie est futile.  Si le Dieu de la Bible existe, alors la vie est pleine de sens.  Il y a seulement le deuxième de ces deux choix qui nous rend capables de vivre heureux et de façon logique.  Ainsi, il me semble que, même si les preuves pour ces deux options étaient tout à fait égales, une personne rationnelle devrait choisir le christianisme biblique.  C'est à dire, il me semble assurément irrationnel de préférer la mort, la futilité et la destruction plutôt que la vie, la signification et le bonheur. Comme Pascal a dit, nous n'avons rien à perdre et l'infini à gagner.

  • [1]

    Friedrich Nietzsche, Le gai savoir, trad. de l'allemand par Alexandre Vialatte, Paris, Gallimard, Coll.: Idées (50), 1972, p. 169-171.